L’Observatoire de la filière 5G en France mené par les fédérations membres du Comité Stratégique de Filière (« CSF ») « Infrastructures numériques » (AFNUM, FFTélécoms, InfraNum, Sycabel) et la Direction générale des entreprises (« DGE »), présenté le 2 décembre, a pour objectifs de : cadrer le périmètre des acteurs de l’écosystème 5G en France et d’évaluer l’impact économique de la 5G pour l’économie en France, à la fois en termes de chiffre d’affaires et d’emplois en distinguant : les impacts directs pour le secteur des infrastructures numériques et les impacts sur les principaux marchés d’application de la 5G, notamment la santé, l’industrie, le transport, l’agriculture et les secteurs de l’eau et de l’énergie. L’étude a été élaborée sur la base de données publiques, d’études sectorielles sur l’écosystème des télécoms en France ainsi qu’à partir de la base de données du cabinet de conseil Arthur D. Little. Ce rapport établit un dimensionnement des impacts directs de la 5G sur l’écosystème d’acteurs en France en termes de chiffre d’affaires et d’emplois au travers d’estimations et d’hypothèses appliquées sur les indicateurs d’ensemble du secteur.

Synthèse de l’Observatoire de la filière 5G en France

L’écosystème 5G français est déjà bien en place : il a généré près de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2020, et mobilise 250 entreprises dont 180 françaises qui emploient entre 6000 et 8000 personnes. Il va continuer à se développer : porté par des investissements annuels de 1,5 à 2,2 milliards d’euros en moyenne, il pourra générer 23 à 28 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2027 et 100 000 emplois à terme. L’écosystème 5G français sera notamment porté par des cas d’usages majeurs pour l’économie française qui exploiteront un large panel technologique (réalité augmentée, véhicule connecté, réseaux privés, analyse d’image, etc.). Les entreprises françaises bénéficieront du développement de l’écosystème 5G sur les parties connectivité et installation des réseaux de la chaîne de valeur. Leur présence sur les segments de l’équipement et des solutions applicatives reste à construire.

La 5G en France, un déploiement par étapes

En septembre 2020, la France a attribué les fréquences dans la bande 3500MHz, considérée comme la bande cœur de la 5G, aux opérateurs télécoms nationaux. Cette attribution de fréquences 5G s’inscrit dans un cadre réglementaire qui favorise les investissements dans cette technologie et son déploiement rapide. Les opérateurs télécoms nationaux ont ainsi tous activé leur réseau 5G fin 2020 et démarré la commercialisation de premiers services 5G.

Le déploiement des infrastructures 5G est en cours en France. Ainsi, en 2021, les opérateurs ont continué de déployer la 5G avec l’ouverture progressive de nouvelles villes et zones couvertes. En outre, en 2022, chaque opérateur national disposant d’une licence 5G devra avoir déployé 3000 sites 5G ; le nombre de sites déployés devra être supérieur à 8000 (dont 4000 en zones peu denses) en 2024. D’autre part, les opérateurs devront avoir lancé au plus tard en 2023 les services 5G différenciés (tels que le « network slicing »[1]). Les réseaux des opérateurs nationaux devront être « 100 % 5G » d’ici à 2030.

Les premières offres 5G sont déployées sur la base d’un réseau mobile 4G, notamment les infrastructures cœur-réseau, et avec un déploiement progressif du réseau d’accès en antennes et équipements radios 5G. Une fois le cœur de réseau 5G déployé, les opérateurs pourront démarrer la commercialisation de services 5G dits en « standalone » avec l’ensemble des fonctionnalités offertes par cette nouvelle technologie.

L’écosystème de la 5G en France en 2020

L’écosystème 5G est structuré autour de trois chaînes de valeurs : les réseaux de connectivité, les terminaux et les solutions applicatives comme indiqué ci-dessous :


L’écosystème 5G français a été estimé à environ 2 milliards d’euros de dépenses en 2020. Cette dépense a été principalement générée par la construction et l’exploitation des réseaux de connectivité 5G par les opérateurs nationaux pour environ 1 milliard d’euros d’une part, et par la vente de terminaux 5G, également estimée à 1 milliard d’euros, d’autre part.

Estimations du nombre d’emplois directement impactés par la 5G en 2020

La 5G a directement mobilisé entre 6000 et 8000 emplois en France en 2020, dans 250 entreprises, dont 180 au sein d’entreprises françaises[2] (entre 4000 à 5000 équivalents temps pleins). Ces chiffres sont obtenus en estimant la part d’activités liées à la 5G pour chaque typologie d’entreprise considérée et ont été ajustés au travers d’entretiens avec des experts sectoriels.


Sur le total des emplois mobilisés en 5G en France en 2020, la part d’emplois dans les entreprises françaises a été estimée à environ 4000 à 5000 équivalents temps pleins, ce qui représente plus de la moitié des emplois 5G totaux. Il est à noter la part significative des ETI (« Entreprises de Tailles Intermédiaires ») dans la répartition des emplois liés à la 5G en France, ainsi que la dynamique des PME qui se positionnent sur cet écosystème. Plus de 120 PME ont été identifiées, dont une très grande majorité de PME françaises.


Il faut également souligner que les emplois mobilisés par la 5G au sein des entreprises françaises concernent principalement des emplois liés aux activités de construction et d’exploitation des réseaux, qui sont par définition des activités locales. La part des emplois des entreprises françaises[3] dans la fourniture d’équipements, et dans une moindre mesure dans les logiciels réseaux, est plus réduite. Malgré l’émergence d’acteurs français spécialisés sur ce type d’équipements, la part de marché des acteurs français sur les équipements 5G demeure faible.

La 5G en France demain : dimensionnement à l’horizon 2027 et cas d’usages


L’étude réalise des scénarios de projection de l’écosystème 5G à l’horizon 2027 sur deux axes : demande (haute et basse) et offre (française et étrangère).


D’ici 2027, la 5G devrait générer un investissement compris entre 1,5 et 2,2 milliards d’euros par an dans les réseaux : la demande de services 5G sera d’environ 23 à 28 milliards d’euros en 2027. 


Les entreprises françaises capteront essentiellement la valeur créée par les activités de construction des réseaux, de fourniture des solutions 5G et des offres de connectivité. Les investissements pour construire et opérer les réseaux privés et publics 5G sont estimés entre 19 et 21 milliards d’euros en cumulés entre 2021 et 2027. Selon le scénario considéré, les entreprises françaises pourraient capter entre 7,7 et 9,2 milliards d’euros cumulés entre 2021 et 2027, soit 40 % à 45 % des investissements totaux.


En 2027, la dépense des utilisateurs finaux est estimée à 27,7 milliards d’euros dans le cas d’une adoption rapide des solutions 5G, et à 23,3 milliards d’euros en cas d’une adoption plus lente. Ces dépenses regroupent les usages 5G mobile, les solutions fixe-mobile 5G (connectivité très haut-débit fixe via le réseau mobile), et les solutions applicatives pour les entreprises basées notamment sur les équipements et les capteurs connectés au réseau 5G. Les entreprises françaises capteront l’ensemble des dépenses des utilisateurs finaux liés à la connectivité mobile et aux offres Fixed Wireless Access (FWA). Sur le segment des solutions applicatives 5G, les entreprises françaises pourraient capter entre 25 % et 35 % des dépenses.

Sur la base des projections d’évolution de l’écosystème 5G en France, la dépense dans les solutions applicatives métiers (hors dépenses de connectivité) a été estimée entre 4,2 et 6,1 milliards d’euros en 2027. En 2027, les cinq secteurs verticaux prioritaires identifiés devraient représenter environ 75 % des dépenses directes dans les solutions applicatives métiers, soit entre 3,0 et 4,5 milliards d’euros, répartis ainsi[4] :

  • Industrie 4.0 : entre 1,3 et 1,9 milliards d’euros,
  • Transports : entre 0,8 et 1,2 milliards d’euros,
  • Energie et eau : entre 250 et 400 millions d’euros,
  • Santé : entre 330 et 500 millions d’euros,
  • Agriculture : entre 330 et 500 millions d’euros.

Ces nouveaux marchés pour les acteurs des réseaux télécoms mobiles se matérialisent au travers d’un grand nombre de cas d’usages spécifiques à chaque verticale.



[1] Le network slicing est un concept qui permet une « découpe » virtuelle d’un réseau de télécommunications en plusieurs tranches (slices). Cela permet de fournir des performances différentes associées à chaque tranche, et donc d’allouer des ressources dédiées par type d’usage ou d’objet ; par exemple en termes de fiabilité, de bande passante, de latence. Chaque tranche de réseau correspond ainsi à un usage, sans empiéter sur les autres.

[2] Siège social et actionnariats français.

[3] Ibid.

[4] Source : étude de marché sectorielle Arthur D. Little / Ericsson sur les solutions applicatives IoT 5G.